Intégrer le numérique dans sa pratique

Elément clé de la refondation de l’École, la diffusion des usages du numérique constitue un puissant levier de modernisation, d’innovation pédagogique et de démocratisation du système scolaire. Elle est également un formidable outil d’inclusion des enfants en situation de handicap. Le numérique éducatif est devenu un enjeu majeur pour l’école et la réussite des élèves. Pourquoi et comment ?

UNE DÉFINITION DE LA CULTURE NUMÉRIQUE  

De l’informatique aux TIC 
Du premier plan signé en 1980, puis au plan de 1983 et 1987, l’École a essayé d’introduire l’informatique par l’équipement matériel, espérant transformer les pratiques pédagogiques. En 1990 apparaît une nouvelle expression : celle de Technologie de l’Information et de la Communication pour l’Éducation (TICE). Cet acronyme correspond à la convergence des outils informatiques, de l’audiovisuel et le développement encore frémissant de l’Internet. L’adoption massive des nouveaux supports multimédias (cédérom, mp3, clef usb…), au cours des années 2000, a questionné l’approche des TIC dans l’enseignement, reléguant progressivement la question de l’équipement et des cours d’informatique au second plan au profit du développement de savoir-faire liés à ces technologies.

L’approche B2i 
Conscient de la prégnance de plus en plus grande des TIC dans la vie professionnelle et quotidienne des Français, l’Éducation nationale décide d’instaurer en 2000 un Brevet Informatique et Internet (B2i), dont l’objectif à l’école primaire est d’amener les élèves à utiliser de manière autonome et raisonnée les TIC pour lire et produire des documents, rechercher des informations et communiquer. Le texte précise que pour cela, l’élève devra « maîtriser les premières bases de la culture informatique dans ses dimensions technologique et citoyenne »1. Rénové en 2006, puis en 2011, le B2i continue d’accompagner l’intégration des TIC dans l’enseignement en tant qu’outils et en tant que contenu d’enseignement, dans une logique d’évaluation par compétence.

Vers une littératie numérique…
L’intrication du numérique de plus en plus forte dans les pratiques professionnelles et les habitudes personnelles2 a fait apparaître un nouveau champ culturel et de savoirs : celui de la culture numérique (ou cultures numériques). Bien loin de se cantonner à l’apprentissage de l’informatique ou de l’utilisation des TIC comme outils venant remplacer des outils traditionnels, les cultures numériques invitent à développer une littératie numérique (un curriculum de compétences pour comprendre et agir dans les mondes numériques), à l’image des programmes d’enseignement développés au Canada. La culture numérique :

  • serait générative et ouverte : en plus du lire-écrire-compter, elle implique de savoir créer, chercher et co-construire en mêlant de nombreux champs disciplinaires. 
  • ferait passer le sujet du consommateur-spectateur au consom’acteur-diffuseur.
  • serait fondée sur l’intelligence collective. Chacun peut accéder, enrichir, approfondir les savoirs, s’il a été formé à le faire
  • Elle implique, selon Bruno Dechauvelle, de repenser les espaces d’apprentissage, de favoriser l’articulation entre pratiques personnelles et professionnelles, d’accompagner les enseignants à l’appropriation et aux évolutions culturelles liées au numérique, de ne pas opposer savoir et espaces numériques.

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COMMENT INTÉGRER LE NUMÉRIQUE EN CLASSE ?  

L’aspect matériel : TIC et SAMR 
Au-delà des impacts positifs qui ont pu être décrits dans différentes études sur la motivation en l’engagement, il convient de s’interroger sur les manières d’intégrer les TIC dans sa pratiques pédagogiques pour permettre un développement serein des éléments de cultures numérique. Développé par Ruben Puentedura, le modèle SAMR est un des modèles d’intégration efficace des TIC dans l’enseignement. Il offre une grille de lecture permettant de mieux comprendre l’impact réel sur les apprentissages de l’utilisation des TIC. Il ne s’agit pas d’utiliser la technologie à tout prix mais d’engager l’élève dans son apprentissage. Il revient aux éducateurs de se positionner dans ce modèle afin de modifier progressivement leurs pratiques pour passer d’une utilisation absente du numérique vers la redéfinition des tâches d’enseignement.

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  • Dans l’étape Substitution, la technologie ne fait que remplacer un outil traditionnel. L’impact pédagogique reste faible et joue principalement sur la motivation des élèves. Quelques exemples des TIC utilisés en substitution :  en géographie, on peut situer une ville sur Google Maps plutôt que sur un Atlas papier / La copie de leçon se fait sur traitement de texte au lieu du cahier / Pendant les exposés, le navigateur Internet est utilisé pour chercher et copier-coller l’information sur une affiche…
  • Dans l’étape Augmentation, la technologie remplace un outil traditionnel en ajoutant une amélioration fonctionnelle. L’impact pédagogique s’enrichit  grâce à la réalisation de tâches « augmentées ». Quelques exemples des TIC utilisés en augmentation :  en géographie, on peut utiliser Google Maps pour mesurer la distance entre deux lieux / La copie de leçon sur traitement de texte permet de classer dynamiquement les cours / Pendant les exposés, le navigateur Internet est utilisé pour créer une liste de liens et de ressources que l’on pourra partager…
  • L’étape Modification est la première étape a véritablement entraîné une transformation de la tâche. Les outils numériques reconfigurent une partie de l’activité. L’impact pédagogique est sensible : l’élève commence à se positionner en producteur de savoirs et à interagir avec ses pairs. Quelques exemples des TIC utilisés en modification :  en géographie, l’utilisation des vues dans Google Maps va permettre de lier étude de la situation géographie et étude des milieux de vie / Les leçons copiées sur traitement de texte peuvent être partagées, annotées, enrichies… / Pendant les exposés, le navigateur Internet est utilisé pour rechercher des images libres de droits que l’on va enrichir d’une légende…
  • Dans l’étape Redéfinition, la tâche d’enseignement est entièrement redéfinie. Souvent, cette étape n’implique plus l’utilisation d’un outil technologique mais la combinaison de plusieurs outils de production (app smashing) L’impact pédagogique est fort : l’élève est co-rpoducteur de contenus avec ses pairs, il est capable d’analyse, de commentaire et de transformation. Quelques exemples des TIC utilisés en redéfinition :  en géographie, l’association de Google Maps et d’outils de cartographie permet aux élèves de produire des narrations cartographiques du paysage / Les leçons sont co-construites à plusieurs mains sur documents collaboratifs et enrichies par la réalité augmentée (lien avec des videos, des exercices interactifs).. / Pendant les exposés, le résultats des recherches est présenté sous forme de cartes heuristiques co-construites et enrichies via des outils sociaux comme Pearltrees.

L’aspect culturel : de nouveaux savoirs 
Le développement du numérique, on l’a dit, vient modifier la vie sociale et le monde professionnel dans lequel grandissent et vont grandir nos élèves. Il revient à l’École de les préparer à ce monde et de les accompagner dans l’acquisition de nouvelles compétences. Progressivement, le site de circonscription vous propose des dossiers thématiques en lien avec les cultures numériques :

  • La citoyenneté numérique (identité numérique, droits et devoirs, cyberharcèlement)
  • L’éducation aux média 
  • Les réseaux sociaux à l’école
  • Le travail collaboratif et interactif
  • Les nouvelles compétences de lecture à l’ère du numérique
  • Les nouvelles compétences de recherche et de tri de l’information à l’ère du numérique
  • L’évaluation dans la culture numérique

Vous pouvez aussi retrouver :

La page du thème sur : 
eduscol

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1 : B.O. n°42 du 23 novembre 200 instituant le B2i
2 : Bruno Dechauvelle – Des pratiques numériques des jeunes aux enjeux pour l’école.
3 : infographie sur la littératie numérique issue du site Habilomédia.
4 : infographie du modèle SAMR tirée du site e-media.